Histoire

Fort St Vincent vue du ciel
La Tour Vauban

UNE FRONTIERE CONVOITEE DURANT 3 SIECLES

L’existence de Saint Vincent apparait pour la première fois dans les archives vers 1200 sous la dénomination « Castrum Vincenti », d’après le nom de « Saint Vincent de Saragosse » sous sa forme occitane. Francisé par la suite, il se dénomma Saint Vincent du Lauzet jusqu’en 1923 où il prit sa dénomination actuelle, en référence aux nombreux forts des XVIIème et XIXème siècles érigés sur son territoire.

L’histoire de Saint Vincent les Forts est rythmée par les guerres et invasions durant plus de 3 siècles jusqu’au début du XVIème siècle. Jusqu’au traité d’Utrecht en 1713 qui mit fin aux rivalités entre la maison de Savoie et le Royaume de France, Saint Vincent les Forts fut en première ligne de la frontière alpine.

Situé sur un point stratégique, les ruines de son château dominant l’extrémité ouest de la vallée de Barcelonnette permettait de surveiller les grands chemins descendants de cette vallée vers Gap, Embrun et de contrôler les itinéraires vers Seyne et Digne par les « tourniquets ». C’est en 1690, le Duc de Savoie ayant rejoint la Ligue d’Augsbourg, qu’un de ses généraux, le marquis de Parelle, descendit la vallée de Barcelonnette avec un corps d’armée de 4000 à 5000 hommes, brûlant plusieurs villages, dont Saint Vincent, et s’approcha de Seyne. Le régiment  d’Alsace avec la milice de Provence le contraint au repli. Après la seconde invasion savoyarde en 1692, Louis XIV humilié, envoya Vauban inspecter les places des frontières alpines, dont Saint Vincent. La décision de construire le fort actuel fut prise et confiée en 1693 à Guy Creuzet de Richerand, ingénieur du roi. L’ouvrage fut pratiquement terminé en 1696-1697. La tour située en haut de la crête du « rocher de guerre » appelée « tour à hourds », poste d’observation au dessus de la vallée, fut érigée en 1696. Le fort est aujourd’hui propriété privée et est habité. Voir dans rubrique association « les amis du Fort ».

Le traité d’Utrecht signé en avril 1713 mit fin aux nombreux conflits européens. La vallée d’Ubaye revenant à la France, la frontière fut repoussée au col de Larche (frontière franco italienne aujourd’hui). Dès lors le fort de Saint Vincent perdit son intérêt stratégique. Le site de Saint Vincent les Forts sera à nouveau retenu par l’armée française dès 1880. L’Italie s’étant alliée à l’Empire austro-hongrois, une invasion était à nouveau redoutée. Une ligne de défense sera érigée par la construction de la redoute de Chaudon (aujourd’hui surmontée d’un chalet) de la batterie du Châtelard et de celle de Dormillouse à l’altitude 2500.

Deux villages :

Le village chef lieu semble être le village historique de Saint Vincent les Forts. Son église érigée en contrebas du fort date du XVIe Siècle. La nef est en berceau plat, l’abside est désaxée. Une première église aurait été édifiée sur le même emplacement en 1237.

 Le village du Lautaret se situe plus bas, à l’altitude 1100, à proximité de la départementale 900b menant vers Barcelonnette. Ce village qui appartient à la commune de Saint Vincent les Forts aurait, d’après les anciens toujours eu une vie autonome. Avec, dès le début du siècle dernier son école, la poste et le cercle républicain, le village était un carrefour facilitant les échanges. En effet, avant la construction du barrage (1960) les routes de Pontis à Seyne et de Gap à Barcelonnette s’y croisaient. Son église « Notre dame de l’Assomption » fut construite début XIXe Siècle par les paroissiens qui trouvaient le chemin trop long pour se rendre à l’office de Saint Vincent les Forts.

Annibal aurait-il bivouaqué à Saint Vincent les Forts ?

L’histoire est trop ancienne (218 avant JC) pour pouvoir être vérifiée. Certains passionnés d’histoire, dont l’abbé Féraud ont évoqué cette hypothèse, en situant le campement au Clot du Dou, une clairière à proximité du village en direction du Lauzet-Ubaye. Il est permis aujourd’hui aux pique-niqueurs de ce site aménagé d’imaginer les 8000 cavaliers 46 000 fantassins et 37 éléphants en route vers Rome.

Les Joyeux

Intéressons-nous maintenant à un cas particulier et peu commun :

BERNARD Joseph Désiré est né au hameau du Prayet le 23 mars 1866 il est le fils d'Honoré BERNARD et de Philomène ROUSTAN tous deux décédés lors de son conseil de révision. Il a un degré d'instruction n°3.

Il réside à Alexandrie (EGYPTE) en 1886. Il est incorporé le 3 novembre 1887 au 58è régiment d'infanterie, nommé caporal le 22 septembre 1888.

Manquant à l'appel le 12 décembre 1888, Il est démis de son grade pour avoir écrit un brouillon de lettre destiné au chancelier de l'empire allemand (rien que ça !) offrant à celui-ci de voler un fusil modèle 1886 (dit Lebel) ainsi que des cartouches et de les lui porter lui-même en Allemagne.

Était-ce un coup monté ou une provocation en tout cas si telle était son intention notre compatriote ne manquait pas de souffle !

Il se retrouve donc 2ème classe le 16 novembre 1888 et passe au 3ème B.I.L.A le 30 novembre 1888. Il est noté manquant à l'appel le 12 décembre 1889 et déclaré déserteur en juin 1889.

On retrouve sa trace à Buenos Aires en 1901, à Constantinople en 1904, en juin 1911 à Saint Vincent (il avait dû être amnistié) et enfin de nouveau à Buenos Aires le 02 octobre 1911 et puis plus rien.

Les B.I.L.A. étaient les bataillons d'infanterie légère d'Afrique les fameux « bat'd'af » et cela nous rappelle Biribi, Tataouine, Pierre Mac Orlan et le Pépé le MOKO.

Les bagnards de Guyane n'avaient rien à envier au sort réservé à ces soldats particuliers que l'on appelait « les Joyeux ».

Ironie de l'histoire le 24 ième B.I.L.A. a cantonné à Saint Vincent quelques temps en 1940.

Si durant la guerre de 1914-18 les B.I.L.A. s'étaient courageusement comportés au feu, ce ne fut pas le cas en 1940 où « les Joyeux » profitant de la période troublée n'avaient qu'une idée ! Déserter.

Ils furent donc rassemblés, amenés ici à Saint Vincent quelques temps avant d'être rapatriés vers Colomb Béchar en Algérie.

La fanfare du 24 ième B.I.L.A. donnait une aubade le dimanche après-midi devant le four de Saint Vincent et Gilbert AUBERT me racontait que sitôt qu'il entendait sonner les clairons et rouler les tambours il montait dare-dare de Bologne avec son frère Maurice pour assister au concert.

Puis les joyeux allaient, à l'accueillant café MICHEL, vider quelques mesurons de vin rouge servis entre autre par Maria la domestique espagnole.

Nos aïeux sous les drapeaux

La lecture scrupuleuse et méthodique des registres matricules militaires contiennent de nombreux renseignements sur la vie de nos aïeux.

J'ai étudié en particulier la période allant de 1870 à 1890 et j'en ai retiré les enseignements suivants :

La loi de 1872 instaure la conscription : la moitié du contingent doit effectuer 5 ans de service actif ; l'autre moitié 1 an selon le tirage au sort.

Les enseignants, les ecclésiastiques étaient dispensés de service, « les bons pour le service » qui avaient tiré « le mauvais numéro » devaient 20 ans d'obligations militaires : 5 ans dans l'armée d'active, 4 ans dans la réserve, 5 ans dans l'armée territoriale et enfin 6 ans dans la réserve de l'armée territoriale.

Cela explique que des gens nés en 1870 ont été mobilisés pour la guerre de 1914 à l'âge de 45 ans !

Le conseil de révision (recensement) avait lieu quand les jeunes gens atteignaient leurs 20 ans révolus.

La taille minimum requise était de 1m54. Il était très rare à cette époque que la taille dépasse 1m65.

Je n'ai trouvé aucun illettré; tous avaient le niveau 3 c'est-à-dire possédaient une instruction primaire assez développée.

Enfin, le phénomène migratoire qui a fortement impacté les cantons de Saint-Paul et de Barcelonnette dans la deuxième moitié du 19e siècle a aussi touché le canton du Lauzet.

Ainsi lors des conseils de révision, on trouvait des LIOTARD, des TAVAN, des LAURENS en Amérique (USA) ou au Mexique, un REYNAUD en Argentine, des BERNARD en Turquie ou en Argentine, un autre TAVAN en Algérie.

Il faut dire qu'en 1876 la commune était très peuplée et ne pouvait pas nourrir ses enfants.

Le recensement de 1876 faisait état de 529 habitants : 275 de sexe masculin et de 254 de sexe féminin.

La plupart des jeunes gens revenaient pour satisfaire leurs obligations militaires. Quelques-uns étaient déclarés insoumis.

C'étaient dans l'ensemble de bons soldats animés de l'esprit de revanche (annexion de l'Alsace et de la Moselle) et il était très rare que le certificat de bonne conduite leur soit refusé à la fin de leur temps de service.

 

Christian MICHEL. Membre du souvenir français. Article paru dans le bulletin municipal édition 2015.